08 octobre 2026par Captain Jack

Severine Morisot nous a quitté aux portes de l'été

Nous avons appris il y a quelques jours, le 1er octobre via la page Facebook du magazine Synchro, que la comédienne française Severine Morisot s'en était allée. Née Severine Francine Antoinette Morisot le 25 avril 1961 à Paris, elle nous a quitté le 15 juin dernier, à l'âge de 65 ans : ce n'est seulement que fin septembre que l'information a été communiquée. C'est donc avec une grande tristesse, aussi imposante que le bonheur de l'avoir connu au travers de sa douce voix, que nous avons voulu lui rendre hommage en quelques mots.

Severine Morisot était une comédienne des plus talentueuses qui se spécialisa très tôt dans le doublage, dès son adolescence. Elle donna sa voix à l'Alice de Disney alors qu'elle avait 13 ans sur le deuxième doublage produit en 1974 pour le long-métrage d'animation Alice au Pays des Merveilles (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, 1951). Elle débuta toutefois encore plus tôt devant la caméra dans quelques téléfilms et des séries télévisées telles Le Théâtre de la Jeunesse en 1965 dès ses quatre ans (elle y jouera l'une des filles de Marie Curie), Les Cinq Dernières Minutes en 1971 et 1974, ou encore La Brigade des Mineurs en 1979 dans le dernier épisode « Didier », avant que de se consacrer pleinement au doublage où elle donnera sa voix à de nombreuses actrices pour la télévision ou le cinéma. Parmi ces dernières, on peut citer ses grandes, magnifiques et imposantes prestations sur Sean Young dans Blade Runner de Ridley Scott en 1982, Diane Lane dans Outsiders de Francis Ford Coppola en 1983, Meredith Salenger alors âgée de 15 ans dans Natty Gann de Jeremy Kagan avec Disney en 1985, Sydney Penny dans Pale Rider, le cavalier solitaire de et avec Clint Eastwood en 1985 également, ou encore Molly Ringwald dans Breakfast Club (John Hughes) toujours en 1985 et dans le même registre Jean Louisa Kelly dans L'Oncle Buck (John Hughes, 1989) en 1992.

Courte digression : à propos du Théâtre de la Jeunesse où Severine Morisot débuta à l'âge de quatre ans, on ne sait comment elle se retrouva là, si ce n'est qu'il est plus que probable que ce sont ses parents qui l'ont amené devant la caméra. Si aucune information ne semble avoir circulé sur ceux-ci, on pourra tout de même souligner qu'une jeune comédienne de théâtre du nom de Brigitte Morisot (1943-1989) avait fait ses débuts sur le petit écran pour la RTF en interprétant en 1960 la jeune Lady Jane Grey dans Le Prince et le Pauvre de Marcel Cravenne, 1er épisode du Théâtre de la Jeunesse avec notamment Philippe Ogouz dans le rôle du prince Edward.

Concernant l'animation; où toute une génération d'enfants profitera de sa très belle voix, Severine Morisot sera particulièrement prolifique, son timbre parfaitement modulable se mariant naturellement sur de jeunes personnages. Dans l'univers Disneyen, en plus d'Alice, elle donnera sa voix à Wendy dans le second doublage en 1992 de Peter Pan (Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, 1953), ainsi qu'à Daisy Duck et Minnie Mouse dans quelques métrages et Zaza dans la série La Bande à Picsou et le film Le Trésor de la lampe perdue. Toujours pour Disney, elle doubla dès 1972 la jeune comédienne Cindy O'Callaghan dans L'Apprentie Sorcière (1971) de Robert Stevenson – peut-être est-ce cette année-là qu'elle double Karen Dotrice dans Le Gnome-mobile (1967) de Robert Stevenson également –, puis la jeune actrice Kim Richards sur La Montagne Ensorcelé (1975) et sa suite Les Visiteurs d'un Autre Monde (1978), ainsi qu'en 1978 Lori Rutherford dans Un vendredi dingue, dingue, dingue (1976) de Gary Nelson, ou encore Meg Tilly sur Tex (1982) de Tim Hunter qu'elle doublera à nouveau l'année suivante dans Psychose 2 de Richard Franklin.

A noter que lorsqu'elle donna sa voix à Alice en 1974, la même année elle doubla l'actrice Linda Blair dans un tout autre genre de film, L'Exorciste (William Friedkin, 1973) dont elle posa sa voix sur un écran noir lors des enregistrements, le métrage étant interdit aux mineurs. Elle retrouvera l'horreur en 1984 en doublant Heather Langenkamp dans Les Griffes de la Nuit de Wes Craven, prêtant aussi sa voix à Ashley Laurence sur le 2ème volet de la saga horrifique Hellraizer.

Parmi les personnages les plus populaires de séries d'animation (dont de nombreuses japonaises) auxquels Severine Morisot prêta sa voix en la nuançant toujours merveilleusement en fonction des caractères physiques et psychologiques, on peut citer : Marina dans Oum le dauphin blanc en 1971 et les publicités pour le chocolat Galak, Annie Brighton dans Candy en 1978, Themis dans Ulysse 31 en 1981, Lillibelle dans Kum Kum en 1980, Flora dans Jayce et les Conquérants de la Lumière en 1985, Boumbo dans la série éponyme en 1987 et dans laquelle elle donnait la réplique à la toujours regrettée Odile Schmitt qui doublait le petit Ken, et dans la foulée Annette Barniel dans Dans les Alpes avec Annette dans laquelle elle donnait à nouveau la réplique à Odile Schmitt qui doublait Julien, toutes deux ayant déjà été ensemble sur la courte série Blondine au Pays de l'Arc-en-Ciel en 1985, Severine sur Blondine et Odile sur Roméo, ainsi qu'en 1984 avec Nell, Severine sur Nell et Odile sur Kit.

Severine Morisot fut l'épouse de Patrick Poivey (1948-2020), autre légende du doublage qui lui aussi nous a quitté, en 2020, et avec qui elle travailla pleinement sur le film Piège en eaux troubles (Rowdy Herrington, 1993). Sur celui-ci, elle y doublait Sarah Jessica Parker le premier rôle féminin de ce long-métrage, Patrick Poivey étant évidemment sur Bruce Willis le premier rôle masculin, film où ils partagèrent ainsi le haut de l'affiche. Ils avaient déjà travaillé ensemble en 1987 sur quelques épisodes de la série d'animation Dans les Alpes avec Annette où Severine Morisot était Annette comme évoqué plus haut et Patrick Poivey le docteur Moulin (il donnait également sa voix à César, le marin). La même année, ils sont également ensemble sur le 3ème film Cyborg 009 (Masayuki Akehi, 1984). Quelques années plus tôt encore, en 1984, ils avaient participé au doublage du moyen-métrage télévisé australien Les Robinson Suisses (Leif Gram, 1973). Ils se donnèrent également la réplique sur le road-movie Bertha Boxcar (1972) de Martin Scorcese sur Barbara Hershey et Barry Primus lorsque ce film fut doublé en 1985. Autre grande collaboration, ils se retrouvent en 1995 sur l'excellent film d'animation japonais Roujin Z (Hiroyuki Kitakubo et Katsuhiro Otomo, 1991), Patrick Poivey donnant sa voix à Terada du Ministère de la santé et Severine Morisot à Haruko, l'étudiante en médecine. Leur toute dernière oeuvre qu'ils partagent est originale puisqu'elle se déroule sur un unique épisode de la désopilante série Ally McBeal, à savoir le 12ème épisode « Ne pas dépasser la dose prescrite » de la 2ème saison diffusé en France le 4 mai 1999 sur M6 : Severine Morisot double Lisa Thornhill et Patrick Poivey retrouve un fois de plus Bruce Willis, invité exceptionnel sur cet épisode, mais ils ne se donnent pas la réplique, leurs personnages respectifs ne partageant aucune scène.

Severine Morisot arrêta sa carrière de comédienne en 1999 alors âgée de 38 ans sur le téléfilm NetForce avec Scott Bakula et surtout sur la 3ème saison de la célèbre série Buffy contre les Vampires où elle doublait l'actrice Eliza Dushku jouant le rôle de Faith, la nouvelle tueuse durant 12 épisodes. Elle restera très discrète sur les raisons de cet arrêt prématuré : elle aurait notamment démenti que ce fut pour des problèmes de santé. Aussi, bien qu'elle pris sa « retraite » de ce milieu artistique très tôt, elle aura tout de même eu une très belle carrière débutée dès son plus jeune âge, riche d'une diversité de rôles sur autant de formats et d'univers, et ce durant trois décennies. On regrettera tout de même sa trop grande absence depuis le début du siècle alors que son art devenait de plus en plus populaire et que sa profession était de plus en plus mise en lumière lors de salons et conventions.

En espérant que Severine Morisot s'en soit allée heureuse de ces travaux accomplis et en la remerciant chaleureusement de nous avoir apporté beaucoup de bonheur à la simple écoute de sa voix.

Remerciements à Demetra Felina-Selina Kats et quasimodoworld.