Ie naki ko Remi

(inédit)
Fiche technique
Nom originalIe naki ko Remi (家なき子レミ)
Remi, enfant sans foyer
OrigineJapon
Année de production1996-1997
ProductionNippon Animation, Fuji TV
Nombre d'épisodes26
Auteur romanHector Malot
RéalisationKôzô Kusuba
ProductionMadoka Takiyama, Ken'Ichi Satô
Producteur exécutifKôichi Motohashi
ScénariiMichiru Shimada, Mayumi Koyama
PlanningKenji Shimizu, Shôji Satô
Chara-DesignMasaru Ôshiro
Direction artistiqueMasaaki Kawaguchi
Conception / Rech. DécorsKazue Itô
Chef coloristeAkiko Koyama
Direction photographieKôji Kumagai
MusiquesKatsuhisa Hattori
Gén. VO interpreté parMasashi Sada (OP), Yûka Uchiyae (ED)
 
» Staff étendu
Synopsis

Il y a déjà huit ans que les Barberin ont recueilli un enfant abandonné qu’ils élèvent comme le leur dans le petit village de Chavanon. Mais un jour, l’enfant prénommé Rémi est contraint de suivre Vitalis, un saltimbanque itinérant qui va ainsi assurer sa formation dans le spectacle. Par la suite, se retrouvant seul, Rémi va devoir apprendre à survivre et elle rencontrera un garçon de son âge prénommé Mattia. Précisons que dans cette adaptation, Rémi est une fillette !

Commentaires

Cette histoire vous rappelle-t-elle Sans famille d’Hector Malot ou encore l’adaptation produite par Tokyo Movie Shinsha en 1977 ? Vous ne vous êtes pas trompés : Ie naki ko Remi est bel et bien une nouvelle adaptation du roman de Malot, animée cette fois au sein du studio Nippon Animation. Vous y retrouverez donc avec tendresse des personnages déjà bien connus comme Vitalis, le saltimbanque en apparence sévère et bourru qui finit par éprouver une grande affection pour Rémi, les chiens et le petit singe qui font partie de sa petite troupe, Mattia qui deviendra un grand ami de Rémi ou encore Mrs. Milligan et son fils Arthur, qui ne sont jamais très loin…

En 1997, l’âge d’or des adaptations de romans pour la jeunesse (regroupés sous le nom Sekai meisaku gekijô / World Masterpiece Theater pour l’international) semble bien loin. Depuis plusieurs années déjà, le studio Nippon Animation peine à retrouver le succès et à rentabiliser ces séries plutôt gourmandes en termes de coûts de production. Depuis la fin des années 80, la chaîne Fuji TV, principal producteur et diffuseur des WMT, a déjà obligé le studio à se serrer la ceinture et à revoir ces coûts à la baisse. Les séries se poursuivent pourtant durant la première partie de la décennie 90 et plusieurs continueront d’être distribuées à l’international.
En France, le paysage audiovisuel a pris entre-temps un nouveau visage : la Cinq, qui diffusa beaucoup de séries de Nippon Animation au cours des années 80, n’existe désormais plus. TF1 prend alors le relais et diffuse entre 1991 et 1996, trois séries contemporaines issues du catalogue WMT : Papa longues jambes, Petite bonne femme et enfin Tico et ses amis. De son côté, France 3 proposera en 1995 Les Enfants du capitaine Trapp dans une version très censurée, amputée de son contexte historique peu engageant. Puis, il faudra attendre l’an 2000 et la diffusion fort confidentielle de Jackie dans la savane pour revoir une série WMT sur le petit écran français.
De son côté, Nippon Animation réalise entre 1995 et 1996 deux nouvelles séries pour le catalogue WMT, mais doit à la fois composer avec un budget moindre imposé par Fuji TV et de fortes baisses d’audience. En 1995, Romeo no aoi sora, adaptation du roman suisse Les Frères Noirs, n’est suivie que par 10,4% des téléspectateurs sur l’ensemble du pays (là où Petite bonne femme faisait 15%). L’année suivante, Meiken Lassie descend en dessous des 10% et la série est même annulée au bout de 26 épisodes, sur décision de Fuji TV. Nippon Animation est prise de court : initialement, Meiken Lassie devait bénéficier d’une diffusion étalée sur une année entière, avec 50 épisodes planifiés et une diffusion hebdomadaire. À ce stade, ils n’ont aucun autre projet de prévu. C’est donc en urgence qu’ils lancent la production d’une adaptation de Sans famille, avec cette fois-ci 26 épisodes et non plus 50, comme cela se faisait habituellement pour les WMT. Ces 26 épisodes servaient de test à Nippon Animation et Fuji TV et d’autres projets étaient même en cours de discussion dans le cas où Ie naki ko Remi garantissait de bons chiffres d’audience.

Ce choix d’adapter Sans famille interroge, car outre la série bien connue de 1977, le roman de Malot avait connu deux autres adaptations plus anciennes au Japon : une version en ombres chinoises produite par le studio KakashiZa (Les Contes de Grimm) en 1955 et un film d’animation par Toei Animation en 1970. C’est probablement devant ce constat et afin de proposer une nouvelle version plus proche des goûts du jeune public que la production prit dès le départ une décision qui fera beaucoup parler d’elle : faire du jeune héros Rémi une petite fille sans pour autant lui changer son prénom (notre petite héroïne s’appelle donc toujours Rémi Barberin !) ni son histoire.
Si l’idée en elle-même peut déjà surprendre le public, elle se heurte également à plusieurs contradictions vis-à-vis du scénario, obligeant ainsi Nippon Animation à passablement remanier l’histoire originale de Sans famille. Dans le roman original, l’abandon de Rémi était expliqué par son statut de seul héritier mâle au sein d’une famille d’aristocrates anglais ; or, selon la juridiction anglaise de l’époque, la primogéniture masculine faisait foi dans les règles de succession. Si Rémi avait été une fille, c’est donc bien son oncle qui devrait hériter en l’absence d’autre héritier mâle. Or, non seulement la série n’explique jamais clairement les motivations derrière l’abandon de Rémi, mais elle choisit aussi de faire apparaître son petit frère Arthur (qui devrait en conséquence être l’héritier principal dans ce contexte) ! Le choix de faire de Rémi une petite fille semble donc davantage tenir d’une volonté de se distinguer des adaptations précédentes et d’attirer un public plutôt féminin, les deux dernières séries WMT ayant eu des protagonistes masculins. Une autre explication possible pourrait être celle d’un clin d’œil de Nippon Animation à l’une de leurs plus anciennes séries, Perrine monogatari, qui adaptait un autre roman d’Hector Malot dans lequel le protagoniste était cette fois une fillette. Cette hypothèse reste néanmoins incertaine.

Aux côtés de ce changement majeur, la série va prendre un certain nombre de libertés avec le récit initial, certaines allant dans le sens du nouveau genre de Rémi, d’autres plutôt anecdotiques. Ainsi, au début de la série, les Barberin forment une famille unie avec un père présent et affectueux. Rémi a même une petite sœur, enfant biologique des Barberin, peut-être pour remplacer le frère de lait décédé très jeune du roman. Rémi est décrite comme une enfant enjouée, empathique et énergique, qui cherche toujours à envisager la vie du bon côté, même dans les moments difficiles. Nous sommes ainsi bien loin du personnage mélancolique du roman ! L’ambiance de la série prend d’ailleurs dès le début une direction moins tragique et amère, moins centrée sur les dénonciations autour des inégalités sociales, comme si elle visait un public plus jeune que le roman. Même la rencontre avec Vitalis est profondément remaniée, puisqu’il n’est plus question de vendre Rémi à ce saltimbanque itinérant pour se débarrasser de l’enfant – Jérôme Barberin étant ici un père adoptif soucieux du bien-être de la petite – mais plutôt d’obliger Rémi à quitter son village d’adoption pour suivre le musicien. À partir de l’épisode 8, la série se recentre tout de même sur son intrigue principale, sans s’empêcher pour autant de modifier le déroulement des évènements bien connus voire de développer certains aspects moins importants. Par exemple, l’arrestation de Vitalis n’est plus liée à une non-interdiction de jouer sur la place publique, mais à une accusation injustifiée d’incendies alors qu’ils se trouvent à Toulouse. Autre liberté, Mme Milligan apparaît bel et bien après l’arrestation de Vitalis, mais il n’est plus question de traversée en bateau sur la Seine, et c’est donc en ville que Rémi fait sa connaissance. La série préfère développer la relation fraternelle naissante entre Rémi et Arthur Milligan, ainsi que les souffrances que le garçon subit en raison de son handicap. Rémi tient ainsi le rôle de confidente et de soutien moral, restant ainsi fidèle au caractère enjoué et positif que lui ont donné les scénaristes dans cette nouvelle mouture.

Ces quelques changements – il y en aura bien d’autres ! – peuvent laisser une impression d’adaptation édulcorée du roman et il est difficile de ne pas le nier. Le caractère positif de Rémi, le caractère plus accessible de Vitalis, la famille Barberin unie, l’accent sur l’aventure et le drame au détriment de la sensibilisation au contexte social de l’époque… tout laisse entrevoir une adaptation destinée aux plus jeunes, comme pour drainer un nouveau public encore intéressé par ces histoires occidentales, pendant que leurs aînés préfèrent les séries plus modernes du moment. Et pourtant, la série peut parfois faire preuve d’une certaine cruauté (même mesurée) vis-à-vis de ses personnages, le plus souvent en prenant le spectateur par surprise. Ainsi, Rémi assiste directement à la mort de Vitalis en pleine tempête, sans parvenir à trouver de l’aide. Plus tard, Garofoli n’hésitera pas à faire voler son fouet sur de très jeunes orphelins qu’il exploite, certains paraissant âgés tout au plus de trois ou quatre ans.
C’est d’ailleurs avec l’arrivée de Garofoli que la série prend une direction radicalement différente : Vitalis n’étant plus de ce monde, Rémi se voit obligée de rejoindre la petite bande d’orphelins et tente ainsi de survivre malgré les menaces et le fouet de Garofoli. Elle forme alors un duo avec Mattia, le plus âgé de la bande, qui se rapproche plutôt du Gavroche dépeint par Victor Hugo que du personnage original par son caractère gouailleur refusant toute forme d’autorité. Par ailleurs, le choix des scénaristes de ne pas avoir fait de Mattia une Mattéa (ou une Mathilde) laisse planer une certaine ambiguïté dans sa relation avec Rémi, totalement absente des précédentes adaptations. Certes, ils sont encore bien jeunes pour y songer, mais la direction que prend la série au fil des épisodes laisse tout de même supposer que rien n’empêche ces deux enfants de former un couple à l’âge adulte.

Devant composer avec un budget limité, Ie naki ko Remi affiche une réalisation assez conventionnelle malgré la qualité de ses dessins et sa jolie bande originale. Certains éléments de décor, comme les poubelles dans les rues ou la présence de la Tour Eiffel, paraissent en outre anachroniques, à moins que les Japonais n’aient volontairement situé l’action à une période postérieure à celle du roman d’Hector Malot. Une fois ces libertés admises, la série se suit néanmoins avec un certain plaisir, portée par des personnages attachants et un rythme soutenu. Ces atouts ne suffiront toutefois pas à lui assurer le succès. Ses chiffres d’audience seront les plus basses enregistrées pour une série du catalogue WMT (les épisodes 16, 19 et 20 n'ont d'ailleurs même pas été diffusés à la télévision japonaise) et Fuji TV, devant le résultat, mettra fin au contrat qui le liait à Nippon Animation depuis vingt ans. Le studio se tournera alors vers des productions plus rentables et plus populaires comme la série Chibi Maruko-chan qui fait régulièrement partie du top 10 des meilleures audiences télévisées au Japon. Entre 2007 et 2009, Nippon Animation tentera de relancer la franchise des Sekai Meisaku Gekijô avec trois nouvelles adaptations, dont Les Misérables – Shôjo Cosette, mais sans parvenir à retrouver les audiences de son âge d’or. À l’instar des autres WMT produits après Tico et ses amis, Ie naki ko Remi demeurera inédit en France, pourtant pays d’origine de son auteur initial Hector Malot. La série connaîtra toutefois une brève diffusion en Italie sous le titre Dolce Piccola Remi, sans bénéficier jusqu’à présent d’une édition locale en DVD. Elle fait de temps à autre parler d’elle sur Internet, avec toujours le même constat en guise d’introduction : une nouvelle adaptation de Sans famille dans laquelle Rémi est, cette fois, une petite fille...

Liste des épisodes
01. kanashi i tanjôbi (Anniversaire triste)
02. sayonara o kaasan (Au revoir, maman)
03. Vitarisu ichiza (La troupe de Vitalis)
04. suteki na okurimono (Un cadeau merveilleux)
05. kiseki no maria zô (La statue miraculeuse de la Vierge Marie)
06. maboroshi nookaasan (Ma mère fantôme)
07. môhitotsuno kazoku (Une autre famille)
08. sayonara watashitachi no ie (Au revoir, notre maison)
09. unmei no deai (Une rencontre fatidique)
10. hitoribocchino asa (Arthur solitaire)
11. pendanto no himitsu (Le secret du pendentif)
12. kanashimi no yuki yama (La montagne enneigée et triste)
13. yuki no nichi no wakare (Adieux par une journée enneigée)
14. atarashi i tabi no hajimari (Le début d'un nouveau voyage)
15. atarashi i nakama (De nouveaux amis)
16. ame no nichi no koneko (Un chaton un jour de pluie)
17. chika meiro deno chikai (Un vœu dans le labyrinthe souterrain)
18. surechigau haha to ko (La mère et l'enfant se croisent)
19. tabi no ikka (Une famille en voyage)
20. kokoro no tomodachi (Une âme sœur)
21. omoide no baiorin (Un violon plein de souvenirs)
22. chika karano seikan (Survivre des profondeurs souterraines)
23. futari no negai (Tous les deux)
24. hikisaka reta ai (Un amour déchiré)
25. dasshutsu! (S'échapper !)
26. watashi no okaasan (Ma mère)
Auteur : veggie 11
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Ie naki ko Remi © Hector Malot / Nippon Animation, Fuji TV
Fiche publiée le 13 septembre 2026 - Lue 21 fois