Synopsis
Un jeune orque rentre dans sa contrée natale après avoir déserté l'armée, traumatisé par la sauvagerie de la guerre.
Néanmoins, il est très déçu de constater que ses anciens amis mènent désormais une vie vide de sens, passant leurs journées à se réfugier dans les stupéfiants. Quant à sa bien-aimée, une jeune sorcière vivant avec sa mère mourante et qui pensait que l'orque ne reviendrait jamais, s'est retrouvée piégée dans une relation toxique avec un monstre.
Après quelques péripéties, les deux jeunes amoureux finissent par quitter les lieux, laissant les autres habitants à leurs existences désespérées.
Commentaires
Après Birdboy, Unicorn Blood et Decorado, Alberto Vázquez se prête une nouvelle fois à l'exercice du court-métrage animé et décide de changer ses habitudes. Ainsi, l'auteur met de côté ses traditionnels animaux mignons anthropomorphes contrastant avec une univers sombre. Le décalage est cette fois-ci produit par l'exploitation de thèmes liés à notre monde contemporain mais en mettant en scène des personnages qui semblent tout droit sortis d'une épopée d'heroic fantasy.
Homeless Home nous plonge ainsi dans un univers où se côtoient orques, sorciers, fantômes et autres squelettes, mais en dehors de leur graphisme, leur traitement n'aurait guère été différent s'il avait s'agit d'êtres humains (le personnage de la sorcière étant d'ailleurs ce que Vázquez aura créé de plus proche d'un humain de toute sa carrière en animation). Cette galerie de monstres, comme pouvaient l'être les habitants de l'île de Psiconautas, est ainsi tourmentée par des problématiques telles que le stress post-traumatique propre aux anciens soldats, l'addiction à l'alcool et aux drogues, les enfants devant s'occuper de leurs parents âgés et malades, les relations de couples toxiques et plus globalement la violence ou l'absence de perspective d'avenir.
Concernant le rapport au titre, Vázquez expliquera avoir voulu mettre l'accent sur l'expérience vécue par le personnage de l'orque rentrant chez lui après une longue absence, comme d'anciens campagnards ayant passé de nombreuses années en ville avant de revenir dans leur ancien habitat et d'y être déphasé. S'il se défend d'avoir voulu passer un message politique (certains ayant cru voir une allusion aux réfugiés ou aux sans-abris), il ne nie pas s'être notamment inspiré de la situation sociale de certains villages de la campagne espagnole en voie de disparition car désertés par leur population.
Sur le plan technique, la réalisation, qui s'est étalée sur un an et demi, opte pour un noir et blanc semblable à celui de Decorado, mais en le poussant encore plus loin puisque les personnages ne sont pour ainsi dire plus que de sombres silhouettes, presque des ombres. La couleur rouge, évocatrice de sang et de violence, finit toutefois par rompre cette harmonie lors des passages les plus intenses du court-métrage, ce qui rappelle pour le coup Unicorn Blood.
Le rendu des décors n'est pas sans évoquer certaines gravures de Gustave Doré, une des influences revendiquées par Vázquez (entres autres J. R. R. Tolkien, Roland Topor, Edgar Poe ou encore Ingmar Bergman). Les arrière-plans ont d'ailleurs été créés avec le programme Photoshop, parfois à partir de photographies réelles. Ce même logiciel a été utilisé pour la peinture et l'éclairage, l'animation brute ayant été quand à elle effectué sous Flash.
Homeless Home sera diffusé pour la toute première fois le 15 juin 2020 au festival international du film d'animation d'Annecy, où il recevra le prix du jury. Il obtiendra également plusieurs nominations dans d'autres festivals.
Le groupe Canal + le diffusera une poignée de fois sur ses chaînes entre septembre 2020 et aôut 2021. Côté streaming, après une mise à disposition payante sur la plateforme Vimeo le 25 mars 2021, il sera publié sur YouTube le 31 octobre de l'année suivante. Enfin, l'édition DVD de Unicorn Wars le proposera en bonus quelques mois plus tard.
Notons que comme la plupart des œuvres du réalisateur (Decorado et Unicorn Wars demeurent les seules exceptions), il n'existe aucun doublage étranger et que Vázquez lui-même est audible parmi les voix espagnoles, interprétant le rôle de la « sale bête » maltraitée par les anciens amis du héros. Il est également crédité pour le personnage de l'enfant fantôme mais si son rire semble effectivement être fait par un homme adulte sur la version disponible en streaming, la voix est bien plus juvénile sur celle disponible en DVD. Par ailleurs, le personnage du nécromancien est interprété par Ramón Barea, grand acteur et metteur en scène espagnol qui a également participé à Psiconautas (le chef des rats) et Unicorn Wars (le narrateur).
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