La Nounou

Fiche technique
Nom originalChoo-Choo (Чуча)
OrigineRussie
Année de production1997
ProductionStayer Studio
Durée25 minutes
AuteurGarri Bardine
RéalisationGarri Bardine
ProductionGarri Bardine
Producteur exécutifNatalia Donatova
ScénariiGarri Bardine
AnimationLidia Mayatnikova, Irina Sobinova-Kassil, Natalia Timofeeva
Direction artistiqueArkady Melik-Sarkisyan
DécorsVladimir Maslov, Victor Koryabkine
Direction photographieAlexander Dvigubsky
MusiquesGlenn Miller
Diffusions
Arrivée en France (cinéma)27 octobre 1999
1ère diffusion hertzienne25 décembre 1998 (Canal+ - Surprises)
Rediffusions27 juin 2003 (Arte)
Editions
Sortie en DVD12 octobre 2005 (France Télévisions avec La Nounou 2 & 3)
Sortie en DVD1 juin 2010 (France Télévisions avec La Nounou 2)
Synopsis

Lors du réveillon de Noël, un petit garçon se sent délaissé au milieu des adultes qui ne lui prêtent aucune attention et les ours en peluche reçus en cadeaux ne l’enchantent pas. En voyant depuis la fenêtre de sa chambre une fillette jouer avec sa nourrice, l’enfant a alors une idée : se fabriquer sa propre nounou ! Il se rend aussitôt au grenier et commence à assembler toutes sortes d’objets : un édredon pour le corps, des gants pour les mains, des patins à roulettes pour les pieds, un gant de boxe pour la tête avec des yeux de verre et des chutes de bande magnétique en guise de cheveux. L’étrange créature faite de bric et de broc prend vie, commence alors pour l’enfant et sa nouvelle compagne de jeu une nuit qui promet d’être magique…

Commentaires

Déjà fort d’une filmographie prestigieuse dans le domaine de la stop motion, le réalisateur russe Garri Bardine accède à la reconnaissance internationale avec son film en pâte à modeler Le Loup Gris et le Petit Chaperon Rouge, auréolé du Grand Prix et du Prix du Public au Festival d’Annecy de 1991. L’année suivante, il quitte le studio Soyuzmultfilm dans lequel il officie depuis 1975 pour fonder sa propre structure, Stayer, afin de garder la mainmise sur ses créations, en s’entourant d’une petite équipe de seize personnes. Son premier film produit en indépendant est une adaptation du Le Chat Botté (1995) traduite en métaphore vitriolée de la Russie post-soviétique ; le résultat, salué par la presse étrangère, passera toutefois difficilement auprès des nationalistes russes. Afin d’aller à l’encontre de la morosité ambiante de cette période, Bardine décide de réaliser un film familial en renouant avec les racines même du principe d’animation, à savoir la magie inhérente au fait de donner vie à l’inanimé, en lien avec l’enfance.

Avec des courts-métrages tels que Fétiche Mascotte (1933) de Ladislas Starevitch ou La Moufle (1967) de Roman Katchanov, la technique de la stop motion offre de belles paraboles autour de l’animation, de par l’effet de présence face caméra des objets en volumes déplacés image par image. Ces films prolongent directement le fantasme de vie que les enfants insufflent dans leurs jouets et La Nounou de Garri Bardine, sorti en 1997, est symbolique à plus d’un titre.
En cette seconde moitié des années 1990, les succès des studios Disney (La Belle et la Bête, Aladdin, Le Roi Lion) rendent la production de longs-métrages animés plus concurrentielle que jamais, avec notamment l’apparition de l’animation 3D dans ce format avec Pixar qui présente Toy Story en guise de manifeste. Dans un tel contexte, particulièrement au sein d’une Russie à l’industrie cinématographique fragilisée, Garri Bardine fait figure de franc-tireur en restant fidèle à la stop motion, technique artisanale permettant d’éviter selon lui les intermédiaires qui finissent par dénaturer l’idée initiale. Face à l’aspect lisse du dessin animé 2D grand public, de l’image de synthèse en perpétuel développement, mais également aux formes douces de la pâte à modeler des studios Aardman (Wallace et Gromit), le réalisateur oppose le style fruste qui a fait son succès. L’imagerie très américaine de son récit, entre la maison bourgeoise, la musique jazz, les vêtements des adultes et l’enfant au visage angélique, crée un contraste d’autant plus fort avec le grenier poussiéreux d’où va naître la fameuse Nounou, faite d’objets de récupération. Naïvement assemblée, celle-ci devient pourtant une véritable magicienne qui d’un claquement de doigt va offrir au petit garçon l’émerveillement que ne lui procurent pas ses ours en peluche calqués sur le même modèle ; de là à y voir une référence aux produits culturels formatés, il n’y a qu’un pas, surtout lorsque l’on sait que Bardine a refusé une proposition d’embauche des studios Disney pour fonder Stayer.

En faisant valoir son style singulier, le réalisateur signe ici une œuvre forte qui exalte l’imagination de l’enfant, son attachement émotionnel à certains objets à travers leur personnification, mais surtout l’importance des liens parents-enfants. Construite sans dialogues (à l’exception du petit garçon appelant son amie « Tchoutcha »), l’histoire repose sur une mise en scène soulignant la solitude du protagoniste cachée sous le vernis de la famille idéalisée, le réconfort et la magie apportés par la Nounou, ainsi que la prise de conscience des parents réalisant qu’ils sont en train de passer à côté des moments merveilleux avec leur enfant.
Mais le film ne serait pas ce qu’il est sans sa bande-son. En grand mélomane adepte de la citation musicale dans ses œuvres, Garri Bardine a porté son choix sur les standards jazz de Glenn Miller qui, par leurs arrangements dynamiques et leurs mélodies réjouissantes, confèrent une véritable fraîcheur au récit. Le répertoire du jazzman, associé aux images du réalisateur, est allègrement revisité entre satire de Noël (A String of Pearls), imagination en surchauffe (American Patrol), attaque de chauves-souris chorégraphiée (In the Mood) ou nostalgie douce-amère (Moonlight Serenade).
Empli d’humanité et de tendresse, La Nounou touche directement à l’enfance, à la construction du rapport au monde et à l’animation sous sa forme la plus candide avec une poésie et un universalisme qui a su convaincre le public et la critique, au point que Garri Bardine fera revenir sa Nounou-édredon dans deux autres films, La Nounou et les Pirates en 2001 et La Nounou 3, La famille s’agrandit en 2004.

En France, le film fut projeté en salles en 1999 par l’intermédiaire de Gebeka Films, accompagné de deux courts-métrages estoniens, L'Arbre aux lutins (1991) de Rao Heidmets et Conte du Nouvel An (1984) de Hardi Volmer et Riho Unt.

Auteur : Klaark
Sources :
Jean-Christophe Deveney et Thomas Secaz, Approches pédagogiques autour du personnage de la Nounou, Gebeka Films, 2005.
Hélène Melat, La matière du sens : l’animation pensante de Garri Bardine, Slovo n° 48-49, 2019.
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Choo-Choo © Garri Bardine / Stayer Studio
Fiche publiée le 22 décembre 2020 - Dernière modification le 23 décembre 2020 - Lue 723 fois