Tom et Jerry (1961-1962)

Diffusions
1ère diffusion hertzienne?
1ère diff. Cable/Sat/TNT1995 (Cartoon Network)
Synopsis

Pour Jerry la souris, toutes les occasions sont bonnes pour aller se fourrer dans les pattes de son meilleur ennemi, le chat Tom. Et quand ces deux-là se rencontrent, poursuites, bagarres et coups fourrés sont au rendez-vous !

Commentaires

L’année 1957 marque un tournant pour la MGM : la télévision est fortement implantée dans les foyers américains, les cartoons à destination du grand écran ne sont plus rentables et les coupures budgétaires opérées sur les derniers épisodes de Tom et Jerry ne suffisent plus à éponger les pertes. Réalisant que la ressortie des anciens cartoons génèrent plus de profits, la firme décide de fermer son département d’animation pour se reposer sur l’exploitation de son catalogue, mettant donc fin à la production de l’un des dessins animés les plus emblématiques de l’Âge d’Or hollywoodien après 114 cartoons. Les créateurs William Hanna et Joseph Barbera accusent le coup tout en se disant soulagés, eux qui lors du passage au format Cinémascope assistaient à la dégradation graphique et animée des personnages qu’ils ont porté pendant 17 ans. Ensemble, ils fondent le studio Hanna-Barbera qui sera exclusivement tourné vers la télévision et proposent à la MGM de produire leurs futures créations ; la firme refusera, arguant qu’il n’y a aucun avenir pour le dessin animé télévisuel.
Le succès du jeune studio donnera tort aux responsables de la major qui décideront de réactiver la production d’épisodes de Tom et Jerry pour les salles de cinéma mais cette fois-ci avec des budgets équivalents à ceux du petit écran.

La personne choisie pour porter ces nouveaux cartoons est Gene Deitch, réalisateur connu pour avoir relancé la créativité du studio Terrytoons en 1956. Au moment de l’appel d’offre de la MGM, celui-ci est tout juste auréolé de l’Oscar du Meilleur Dessin Animé avec Munro, une adaptation animée d’une BD de Jules Feiffer exécutée chez Rembrandt Films, un studio basé à Prague bien que dirigé par un producteur américain expatrié, William L. Snyder. Ce dernier parvient à convaincre Joe Vogel, le directeur responsable de la MGM, de leurs capacités à mener à bien le projet avec un budget réduit. Malgré le fait que Deitch soit le premier à détester Tom et Jerry qu’il considère comme un dessin animé vulgaire et stupidement violent, celui-ci accepte. Par goût du défi, par nécessité financière au regard de la fragilité économique du marché de l’animation, mais aussi par prétexte pour rester à Prague, ville dont il est tombé amoureux – ainsi que de son assistante Zdenka Najmanová, qu’il épousera en 1964. Le premier cartoon intitulé Switchin’ Kitten satisfait Vogel et un contrat est établi pour un total de 13 films.

Dotée d’un budget de 10.000 dollars par épisode, la série part avec tous les handicaps possibles : à sa tête, le réalisateur a la lourde tâche de reprendre une série culte qu’il n’apprécie pas tandis que les animateurs tchèques n’en avaient jamais entendu parler et sont tout autant mal à l’aise face à l’humour basé sur la souffrance physique. Outre la barrière de la langue et les différences culturelles, les problèmes matériels vont s’accumuler : après s’être imprégnée du style de la série avec quatre cartoons de Hanna et Barbera, les derniers model sheets et quelques dessins originaux en guise de modèles, l’équipe effectue l’animation comme à son habitude sur du papier vélin d’architecte semi-transparent. Or, sa fragilité ne lui permet pas de supporter de multiples feuilletages comme le font les américains pour vérifier la bonne tenue d’un mouvement (en plus de se déchirer à la moindre perforation) ; pour y remédier, Deitch imposera le papier blanc utilisé dans les studios américains. Faute de temps, les projections de line test sont réduites au minimum et le réalisateur se charge de l’ensemble des images-clés pour assurer la meilleure continuité graphique possible avec les derniers cartoons de la MGM.
L’enregistrement de la bande-son sera tout aussi rocambolesque : la stéréophonie étant inexistante dans les pays de l’Est, le réalisateur fut contraint d’utiliser son magnétophone de voyage Ampex 601-2 pour capter la prestation des musiciens (avec, selon l’intéressé, un résultat acoustiquement meilleur que via le matériel soviétique à disposition) ! En plus des bruitages et des effets vocaux assurés par Gene Deitch lui-même, des sonorités électroniques sont également conçues par Tod Dockstader, un compositeur de musique d’avant-garde (qui signera d’ailleurs le scénario du cartoon Mouse Into Space). Pour gagner du temps, le montage sonore et le mixage sont directement effectués dans l’appartement exigu du réalisateur. Afin d’éviter toute controverse auprès du public américain (contexte de Guerre Froide oblige), les noms des animateurs tchèques ne figurent pas au générique et seuls deux patronymes sont occidentalisés : le directeur de l’animation Václav Bedřich perd ainsi ses lettres diacritées et le compositeur Stěpan Koniček devient Steven Konichek.

Sans surprise au vu des conditions de réalisation, les 13 cartoons produits seront tous très mal reçus par la critique et les fans de la première heure qui ne reconnaissent pas leur duo favori ; sont pointés du doigt la maladresse du dessin, le manque de gags percutants, l’aspect inégal de la bande-son et le caractère anonyme de certaines histoires dans lesquelles Tom et Jerry ne semblent pas trouver leur place. Mais la polémique se concentrera avant tout sur un personnage en particulier : le nouveau maître de Tom. D’un tempérament sanguin, ce bonhomme gros et chauve a des accès de colère noire au moindre écart de conduite de Tom (écart évidemment provoqué par Jerry) qu’il punit de façon extrêmement cruelle avec un sourire sadique au visage. Bien que n’apparaissant que dans trois cartoons, le personnage est rapidement devenu le plus haï des fans et incarne tout le paradoxe de la série de Gene Deitch qui dit avoir en horreur l’humour basé sur la violence physique tout en ayant livré des démonstrations de douleur bien plus malsaines à l’égard du pauvre Tom, plus torturé que jamais ! Ce manque de maîtrise du slapstick traduit pourtant d’une certaine manière la volonté de respecter l’esprit de la série tout en l’inscrivant dans son époque (notamment dans le design des intérieurs) et en explorant des cadres narratifs non usités (la Grèce antique, l’espace intersidéral, la jungle africaine…). La série se caractérise ainsi entre aspect familier et décalage permanent : le rythme général des cartoons est heurté, conduisant à des gags qui tombent à plat quand ces derniers ne sont pas surréalistes dans leur déroulement. La bande-son contribue à ce sentiment d’étrangeté où, à la place du flux orchestral de Scott Bradley, Gene Deitch articule des thèmes musicaux avec des moments de silence tandis que les bruitages sur-mixés se heurtent aux sonorités électroniques à forte réverbération de Tod Dockstader. De ce côté boiteux découle un certain charme naïf, soutenu par des décors aux styles variés allant de l’Art déco (Carmen Get It !) à la gravure (Dicky Moe) en passant par de simples aplats de couleurs (The Tom and Jerry Cartoon Kit).

En dépit des critiques négatives (et même d’une menace de mort que le réalisateur a reçu par courrier anonyme !), ces 13 épisodes de Tom et Jerry ont été un immense succès commercial pour la MGM, au point de devenir le cartoon le plus rentable des salles de cinéma, allant jusqu’à dépasser les Looney Tunes ! Devant ce pari réussi, Joe Vogel espérait renouveler le contrat de Gene Deitch mais il fut entretemps remplacé. Son successeur, ne voyant pas d’un bon œil l’idée de traiter avec un studio situé dans un pays communiste, mettra fin à la collaboration au profit de Chuck Jones – figure jugée plus rassurante – qui réalisera 34 nouveaux cartoons.
Objet bâtard entre le divertissement de masse américain et l’animation est-européenne, Tom et Jerry de Gene Deitch constitue une œuvre singulière dans le paysage du cartoon que le temps aura fini par réhabiliter, au point d’avoir eu droit aux États-Unis à une édition DVD en version restaurée en 2015. En France, ces épisodes ont été peu diffusés et restent largement méconnus ; ce sera surtout la chaîne Cartoon Network lors de son lancement en 1995 qui contribuera à leur reconnaissance.

Liste des épisodes
1961
Switchin’ Kitten
Down and Outing
It’s Greek to Me-ow !

1962
High Steaks
Mouse Into Space
Landing Stripling
Calypso Cat
Dicky Moe
The Tom and Jerry Cartoon Kit
Tall in the Trap
Sorry Safari
Buddies… Thicker Than Water
Carmen Get it !
Auteur : Klaark
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Tom and Jerry © William Hanna, Joseph Barbera / MGM, Rembrandt Films
Fiche publiée le 12 mars 2021 - Dernière modification le 29 mars 2021 - Lue 1107 fois