Train de Nuit dans la Voie Lactée

Fiche technique
Nom originalGinga Tetsudô no Yoru (銀河鉄道の夜)
OrigineJapon
Année de production1985
ProductionGroup TAC, Nippon Herald
Durée108 minutes
AuteurKenji Miyazawa
Auteur mangaHiroshi Masumura
RéalisationGisaburô Sugii
Assistant-réalisationTakuo Suzuki
ProductionMasato Hara, Atsumi Tashirô
ScénariiMinoru Betsuyaku
Story-boardsGisaburô Sugii, Kôichi Mashimo, Kôsei Maeda, Takamitsu Yukawa, Mitsuo Kobayashi, Takaya Mizutani, Osamu Kobayashi, Tameo Kohanawa
AnimationMakiko Futaki, Kaoru Nakajima, Yasuhiro Nakura, Tsukasa Tannai, Takaya Ono, Kazushige Yusa, Kazuyuki Kobayashi, Yutaka Oka, Kôsei Maeda, Nobuko Abe, Hidekazu Ohara, Michiyo Sakurai, Yukiya Chida, Tsukasa Abe, Takamitsu Yukawa, Sayuri Matsumoto, Yasushi Tanaka
Chara-DesignMarisuke Eguchi, Jirô Saruyama
DesignTakao Kodama
Direction de l'animationTsuneo Maeda
Direction artistiqueMihoko Magôri
Direction du sonAtsumi Tashirô
Chef coloristeKeiko Yokoyama
MontageMasashi Furukawa
Direction photographieNobuo Koyama
MusiquesHaruomi Hosono
Diffusions
1ère diff. Cable/Sat/TNT4 septembre 2015 (Ciné FX)
Editions
Sortie en DVD / Blu-ray2 mai 2018 (Rimini Editions)
Synopsis

Giovanni est un jeune garçon plutôt solitaire mais gentil et très attentionné. Depuis le départ de son père pour la saison de pêche dans le Nord, il s’occupe seul de sa mère malade et travaille à l’imprimerie du village dès la sortie des classes. Giovanni n’a donc plus le temps de s’amuser avec les autres enfants et ces derniers en sont venus à se moquer de lui, notamment au sujet de la veste en peau de loutre que le père de Giovanni a promis de lui ramener. Seul son ami Campanella, issu d’une famille plus aisée que Giovanni, n’hésite pas à prendre sa défense.
Un jour, durant une leçon sur la Voie lactée, Giovanni ne sait répondre à une question et Campanella, qui connaît pourtant la réponse, fait mine devant le professeur de ne pas savoir non plus. Le soir-même, pendant que la fête des étoiles bat son plein dans le village, Giovanni constate que la laiterie n’a pas livré le lait pour sa mère. Alors que la nuit commence à tomber, Giovanni reprend le chemin de la laiterie, où on lui conseille de revenir un peu plus tard. Le garçon décide de rester dans les parages et observe les étoiles, se rappelant la leçon de son maître d’école au sujet de la Voie lactée. Il se retrouve alors face à un train qui semble avoir surgi du ciel et qui s’arrête quelques instants pour le laisser monter.
Par curiosité, Giovanni décide d’aller visiter l’intérieur avant de remarquer la présence de Campanella dans l’un des wagons. Campanella lui explique que ce train circule à travers la Croix du Nord (autre nom de la Constellation du Cygne) et propose à Giovanni de l’accompagner.

Le voyage débute alors dans ce train de la Voie lactée, où les différents arrêts et passagers rencontrés prennent de plus en plus une connotation mystique voire spirituelle. Tour à tour, Giovanni et Campanella vont faire la connaissance d’un savant et son équipe d’archéologues exhumant les restes d’un gigantesque animal ayant plusieurs millions d’années, d’un attrapeur d’oiseaux qui les transforme en confiserie, et enfin de deux jeunes enfants, accompagnés de leur précepteur, dont le bateau a fait naufrage et qui semblent en route vers l’au-delà. Se retrouvant seuls dans le wagon, Giovanni fait promettre à Campanella qu’ils resteront ensembles pour toujours. Mais à peine cette promesse invoquée, Campanella quitte le wagon pour une destination inconnue et supplie son ami de ne pas le suivre.

Giovanni se réveille alors sur la colline où il avait cru voir atterrir le train de la voie lactée. Après avoir cherché le lait pour sa mère, il se rend au centre du village et apprend qu’un drame s’est joué durant la fête des étoiles : l’un de ses camarades, qui se moquait le plus de lui, a basculé dans la rivière et Campanella s’est jeté à l’eau pour le sauver, sans jamais réapparaître. Alors que Giovanni commence à comprendre le sens de ce voyage à travers la Voie lactée, l’instituteur lui annonce que son père lui a récemment écrit et qu’il ne devrait pas tarder à revenir au village.

Commentaires

Train de nuit dans la voie lactée est sans doute la nouvelle la plus connue et la plus appréciée de l’œuvre du poète japonais Kenji Miyazawa.
Né en 1896, Miyazawa s’intéresse très tôt au sort de la paysannerie et sera toute sa vie un défenseur actif de la condition paysanne. Durant ses études à l’École supérieure d'agronomie de Morioka, il s’intéresse aussi énormément aux mathématiques, à la géologie et à l’astronomie, des thèmes qui auront une grande influence sur ses œuvres. Diplômé, il se montre alors très actif à la fois dans les recherches sur les possibilités de fertilisation des sols agricoles ou les engrais et dans la vie culturelle de sa région. À l’âge de 18 ans, il découvre le Sûtra du Lotus, l’un des textes fondamentaux du bouddhisme mahâyâna, qui influencera profondément sa foi. Il décide de mener une vie d’ascète, s’intéressant tant à l’écriture, à la musique, aux langues (notamment l’espéranto), mais aussi à la vie associative et culturelle. Ses œuvres seront grandement influencées par cette vocation religieuse et son attachement à la Nature (les animaux ont d’ailleurs un rôle très important dans les nouvelles de Miyazawa). Néanmoins, il peine à obtenir le succès ainsi que la reconnaissance des critiques littéraires.
En 1922, la mort de sa jeune sœur Toshiko, dont il était très proche, le marque profondément. Ce thème de l’être disparu à un jeune âge se retrouvera dans son œuvre, en particulier dans Train de nuit dans la voie lactée. Malgré son œuvre considérable, la plupart de ses textes ne seront publiés qu’après sa mort, en 1933, à l’âge de 37 ans. L’ensemble de son œuvre est publié sous la forme de 16 tomes et comprend des poèmes, des contes pour enfants, des essais, des romans ou des nouvelles. Seuls quelques-uns de ces textes seront traduits, tardivement, en français, notamment le recueil contenant Train de nuit dans la voie lactée.

Train de nuit dans la voie lactée fut élaboré après un voyage en train que l’écrivain fit, quelques temps après la mort de sa sœur, jusqu’à l’île de Sakhaline, dont la partie sud appartenait encore au Japon. Il commence à rédiger la nouvelle à partir de 1924 jusqu’à sa mort, laissant ainsi une partie de l’œuvre inachevée. Publiée après la mort de Miyazawa, la nouvelle gagna rapidement en popularité et fait désormais partie des classiques de la littérature jeunesse au Japon.
Si une atmosphère très onirique transparaît dans l’œuvre, la fin pouvant notamment suggérer que Giovanni a rêvé ce voyage en train, c’est surtout la dimension spirituelle qui donne à la nouvelle tout son sens. Plusieurs références religieuses sont d’ailleurs évoquées au détour des étapes et des voyageurs rencontrés, en particulier durant le premier arrêt "La Croix du Nord", où l’on voit les passagers se diriger vers une immense croix blanche entourée de lumière, ou encore la destination finale des trois naufragés. Au travers de Giovanni, Miyazawa s’interroge ainsi sur ce qu’est le bonheur et l’importance d’honorer la mémoire de ceux se sacrifiant pour les autres (Giovanni renonce aux jeux pour s’occuper de sa mère, Campanella se jette à l’eau pour secourir son camarade de classe).
Quant aux noms de Giovanni et Campanella, ils semblent issus de La Cité du Soleil, une œuvre utopiste écrite vers 1602 par l’écrivain italien Tomaso Campanella.

Lorsque Gisaburô Sugii réalise en 1985 l’adaptation de Train de nuit dans la Voie lactée, il est déjà nanti d’une expérience considérable dans le domaine de l’animation japonaise. Surtout connu en France pour ses adaptations des mangas de Mitsuru Adachi (Théo ou la batte de la victoire, Une vie nouvelle...), il a commencé sa carrière dès 1958 sur Le Serpent blanc, premier film d’animation japonais en couleur.
Pour cette adaptation de Train de nuit dans la Voie lactée, Sugii décide de substituer les personnages humains de Giovanni et Campanella pour en faire des chats anthropomorphes, un procédé qu’il réutilisera bien des années plus tard pour le film Budori, l’étrange voyage, une autre adaptation d’une nouvelle de Miyazawa. Par ailleurs, Miyazawa lui-même avait déjà mis en scène des chats anthropomorphes dans sa nouvelle "Le Bureau des chats", une satire de l’administration japonaise dans les années 20. Sugii ne s’éloigne cependant pas beaucoup de la nouvelle, il conserve notamment les différentes étapes du voyage de Giovanni et surtout, tout comme Miyazawa, s’attarde longuement au début du film sur la vie que mène le jeune garçon.
L’ambiance poétique et quelque peu baroque de la nouvelle est par ailleurs renforcée par la musique du film, composée par Haruomi Hosono, membre du groupe YMO (qui fut très populaire dans les années 80 pour leur apport à la pop électronique). Enfin, Sugii rend hommage à l’intérêt de Miyazawa pour l’espéranto, les titres des différents chapitres et les textes apparaissant à l’écran étant tous rédigés dans cette langue.
Le réalisateur obtient la même année le prix Noburô Ôfuji (récompensant les œuvres d’animation) pour Train de nuit dans la voie lactée.

La nouvelle de Miyazawa eut une très grande influence dans la culture populaire japonaise et est encore bien souvent citée en référence dans des films, des bandes-dessinées ou des romans. L’une des plus connues, tant en Occident qu’en Asie, est bien entendu le Galaxy Express 999 (Ginga Tetsudô 999 en japonais, Train de nuit dans la voie lactée se disant Ginga Tetsudô no yoru) de Leiji Matsumoto, racontant le long voyage à travers la galaxie d’un jeune garçon dans un vieux train à vapeur où chaque étape de son voyage est l’occasion d’apporter une réflexion sur la nature humaine.
Toujours côté bandes-dessinées, on peut également citer le cas de "Bye bye my brother" (un manga de Yoshihiro Yanagawa paru en français chez Sakka), où les protagonistes sont des chats prenant un train vers l’au-delà à la fin de leur vie.
Enfin, le film L’île de Giovanni fait à plusieurs reprises des clins d’œil à la nouvelle de Miyazawa, l’histoire se déroulant justement sur Sakhaline.

Concernant les autres adaptations animées des œuvres de Miyazawa, rappelons qu’Isao Takahata a réalisé en 1982 un film reprenant l’histoire de Goshu le violoncelliste.
Il existe également un film d’animation, Kenji no Haru, racontant la vie de Kenji Miyazawa, mais où là encore les humains sont représentés sous les traits de chats anthropomorphes. Ce film est malheureusement inédit en français, contrairement à Goshu le violoncelliste.

Auteur : veggie 11
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Ginga Tetsudô no Yoru © Kenji Miyazawa, Hiroshi Masumura / Group TAC, Nippon Herald
Fiche publiée le 02 juin 2018 - Dernière modification le 06 novembre 2018 - Lue 1524 fois